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Science

Meryem Baghdadi une ambition pour la science

Bosseuse en quête d’excellence, indépendante, féministe et ambitieuse : à 34 ans, cette scientifique nanterrienne vient de recevoir un prix pour ses recherches en biologie cellulaire et médecine régénérative menées à l’institut curie. Une belle récompense pour la jeune femme, pur produit de l’école et de l’université publiques

« C’est phénoménal comme le corps est capable de se régénérer : les muscles peuvent se réparer après une blessure et on se fabrique un nouvel intestin tous les trois à cinq jours ! Cette capacité de régénération des cellules me fascine, avec leur côté super-héros… »

CURIEUSE DE TOUT

Petite, elle était très curieuse, s’intéressait à tout, avait l’envie de tout connaître, et des questions par dizaines. C’est à 19 ans, après un bac scientifique, que Meryem Baghdadi découvre la biologie grâce à un stage à l’université Paris-Descartes : « J’ai été marquée par l’environnement très stimulant et le challenge intellectuel ! » C’est aussi à l’occasion d’un stage, dans le département de cardiologie à l’hôpital de Maastricht, qu’elle se penche sur les cellules souches, son actuel sujet de recherche : « Il s’agit de cellules “naïves”, sans identité spécifique, qui sont capables de se différencier en plusieurs cellules “matures” selon les besoins. On en trouve dans l’intestin, les muscles, un peu dans le cerveau… Quand elles se dérèglent, elles peuvent engendrer des cancers. » Après avoir obtenu sa thèse fin 2017 à l’Institut Pasteur, et avant de partir trois ans poursuivre ses recherches à l’hôpital des enfants malades de Toronto, la jeune femme s’octroie six mois de voyages : «_ La thèse a été une période très intense professionnellement et personnellement, j’avais besoin de repos, de me recentrer sur moi-même et mes envies pour les années à venir : j’ai voyagé en Australie, aux USA, en Indonésie... Par ailleurs, la science est globale : on travaille avec des labos du monde entier. Voyager permet d’ouvrir son esprit, de découvrir d’autres cultures de recherche et la collaboration est plus facile ensuite_. »

UNE MÈRE QUI LUI DONNE DES AILES

Élevée par une mère célibataire, Atsem de métier, Meryem a été marquée par le mantra maternel : « Tu dois avoir ton appartement, ta voiture, ton salaire ! » «_ Ma mère n’a jamais été un frein, mais au contraire les ailes qui m’ont portée d’un continent à l’autre_. » Aujourd’hui chercheuse à l’Institut Curie à Paris, Meryem ambitionne d’accéder à des postes de direction de laboratoire, d’unité ou d’institut : « C’est au stade du postdoctorat que la biologie, plutôt paritaire, perd les femmes. Au moment où elles font des enfants, elles publient moins et les hommes prennent l’avantage. Ce ne serait pas très compliqué pourtant de rétablir l’équilibre, grâce à la discrimination positive ou en partageant le congé parental entre les deux parents, comme dans les pays scandinaves. » Installée depuis peu à Nanterre (où sa mère habite depuis huit ans), elle apprécie les valeurs de la ville, sa politique sociale, son équipe de basket et sa nouvelle Maison des femmes : « C’est un projet incroyable de créer un safe space pour les femmes et un espace de parole féministe ! » Boursière toute sa scolarité, formée à l’école publique puis à l’université, Meryem a eu parfois l’impression de ne pas « rentrer dans le moule », d’être un peu « une erreur de casting ». « Je suis un pur produit de ce que la République peut faire de mieux, quand on met tous les préjugés de côté ! »

DONNER UNE VRAIE VISIBILITÉ AUX FEMMES DE SCIENCE

Elle se dit très fi ère du Prix jeunes talents pour les femmes et la science qui lui a été décerné en octobre par la fondation L’Oréal et l’Unesco (*) : «_ Il récompense mon travail de chercheuse, mes premières années de carrière et me permet de faire partie d’un groupe de femmes scientifiques qui partagent mes valeurs féministes. Ça nous donne une vraie visibilité à nous les femmes, encore trop peu présentes dans les médias !_ » Meryem insistera d’ailleurs pour illustrer son portrait avec une photo prise dans son labo : « _On voit peu de photos de femmes dans la posture d’un scientifique. Ça interpelle l’œil, et ça dépoussière l’image traditionnelle du scientifique – un homme, blanc, aux cheveux en pagaille… Ça, c’est terminé !_ »

(*) Le prix récompense cette année 35 jeunes chercheuses en astrochimie/biochimie, biologie cellulaire, neurosciences/ épidémiologie/maladies infectieuses, sciences de la vie et de l’environnement, ingénierie et biotechnologie sciences, mathématiques appliquées et bio-informatique.

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