Nanterre info - 438 : Décembre 2018

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portrait-credit-mathias-glikmans.jpg « J’aime informer mes proches, leur dire que telle ou telle chose n’est pas acceptable et que des solutions sont possibles. »

Âgée de 17 ans, Rahma Chikh a participé à la COP24 à Katowice la semaine dernière.

Cette jeune militante écologiste est lycéenne à Joliot-Curie. Elle nous raconte cette expérience de cinq jours en Pologne.

Vous êtes revenue dimanche dernier de la COP24. Comment s’est passé votre séjour à Katowice?
Rahma Chikh : Très bien, j’ai eu accès à un maximum de conférences qui m’ont beaucoup intéressée. À la COP24, les questions relatives au changement climatique sont largement abordées, mais j’ai découvert que se tenaient d’autres débats et des négociations qui ne concernent pas seulement les accords de Paris et de Kyoto. J’ai assisté à des présentations passionnantes sur l’adaptation des pays en voie de développement, sur l’égalité entre les genres, sur l’éducation et la santé. J’ai croisé des délégations de populations indigènes, des Indiens du Pérou en tenue traditionnelle par exemple, qui revendiquent le droit à l’émancipation. Tous les thèmes du développement durable sont questionnés durant ce sommet international.

Avez-vous fait des rencontres intéressantes ?
R. C. : Beaucoup. J’ai longuement discuté en anglais avec une responsable de la délégation de l’Union africaine au sujet de la pollution d’une oasis causée par un industriel en Tunisie. Elle m’a même invitée au siège de l’Union africaine en Éthiopie. J’ai également rencontré des membres d’une association environnementale installée à Londres, avec qui j’ai participé à la marche pour le climat dans le centre ville de Katowice. Là-bas, tout le monde était surpris par mon âge, c’est vrai que j’étais la plus jeune.

Cette expérience vous encourage-t-elle à poursuivre vos actions militantes ?
R. C. : Je suis revenue très enthousiaste, j’ai envie de mener des tas d’actions. La première étape est de finaliser la création de mon association basée à Nanterre. Après je passe le bac, je dois privilégier mes études cette année. D’autant que j’aimerais intégrer Sciences Po Paris à la rentrée prochaine. J’ai d’ailleurs rencontré des professeurs et des étudiants de cette école à la COP24.

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Rahma Chikh
Soif d’idéal

Cette lycéenne de Joliot-Curie s’apprête à se rendre à la COP24 en Pologne pour développer ses actions en faveur de l’environnement. À l’aube de ses 18 ans, Rahma Chikh est également engagée dans la cause des femmes et celle des enfants. Qui a dit que les jeunes de notre époque étaient passifs et sans idéaux ?

Ses livres de chevet du moment sont Jamais sans ma fille et Brûlée vive. Rahma est bouleversée par ces témoignages de femmes, opprimées par la domination masculine et les lois sexistes. Pour réagir et ne surtout pas rester les bras ballants, la jeune fille est très active sur les réseaux sociaux d’où elle relaie les nouvelles du Groupe F, un site d’information qui recense toutes les injustices subies par les femmes dans le monde. « La condition des femmes dans certains pays me révolte. D’ailleurs, j’entreprends tout un travail sur l’Arabie Saoudite dans le cadre de l’atelier Sciences Po au lycée. » Ah oui, précisons-le d’emblée, Rahma est une excellente élève. Inscrite en sections européennes depuis le collège Paul-Éluard, elle s’impose toujours dans le peloton de tête des classes. En terminale S au lycée Joliot-Curie, elle fait partie du groupe d’élèves bénéficiant du programme d’égalité des chances de Sciences Po Paris, lequel lui permettra, peut-être, d’intégrer la prestigieuse école parisienne à la rentrée prochaine.

La jeune fille reconnaît qu’elle ne souffre pas de la misogynie sociétale ambiante dans sa vie quotidienne. Son père la laisse s’habiller comme elle veut, « contrairement à des cousines qui ne mettent pas un maillot de bain sur la plage ». Dans le quartier du Parc Sud où elle habite, Rahma porte des robes l’été sans se soucier de certains regards réprobateurs. C’est à l’école que notre lycéenne désespère parfois en écoutant les réactions des garçons machistes (ou un peu bêta) au sujet de l’avortement ou de l’homosexualité. « La déception est aussi venue d’une prof d’EPS qui m’a expliqué un jour qu’elle ne pouvait pas mettre plus de 16/20 à une fille à l’épreuve de handball, car si elle mettait un 19 à une fille, elle devrait mettre un 23/20 aux meilleurs garçons. »

LE FÉMINISME ET L’ENVIRONNEMENT, DEUX COMBATS CRUCIAUX
Le féminisme n’est pas son seul cheval de bataille. Mue par son intérêt pour les sciences, Rahma est convaincue du danger environnemental et de la nécessité d’agir – et maintenant. C’est pour cette raison qu’elle crée une association avec le soutien du service municipal de la vie associative. Elle espère rassembler des Nanterriens autour d’elle et de sa cause. Ce mois-ci, Rahma a obtenu une accréditation pour participer aux réflexions de la COP24 en Pologne. « J’y vais avec ma mère. Elle me paie les nuits d’hôtel et le transport durant quatre jours. Je compte nouer des liens avec d’autres bénévoles et des acteurs de l’environnement. » Avec son association, qui verra le jour dans les prochaines semaines, Rahma souhaite également sauvegarder une oasis dans sa région natale en Tunisie. Là-bas, au sud du pays, des industriels de la chimie polluent l’eau en exploitant le phosphate. « J’ai découvert ce scandale l’été dernier en rencontrant les membres d’une ONG qui protestent auprès du gouverneur de la région. J’aimerais les aider depuis la France. »

Toutes ces luttes, elle les partage avec sa mère, sensible à ses engagements. Elle-même, dans sa jeunesse, a appartenu à l’Union nationale de la femme tunisienne. « J’aime informer mes proches, leur dire que telle ou telle chose n’est pas acceptable et que des solutions sont possibles. » Certains de ses amis l’écoutent parfois, d’autres camarades ne font pas trop attention aux plaidoyers de celle qu’ils perçoivent comme Madame je sais tout. L’énergie de la jeunesse l’aide à ne jamais baisser les bras. Persuadée qu’elle ferait une bonne ambassadrice de l’Unicef, elle vient de déposer une candidature pour le devenir, et ainsi, mieux défendre les droits des enfants. La jeune fille entreprend en parallèle une autre démarche dans le but, cette fois, d’obtenir la nationalité française. « Je suis née en Tunisie mais j’ai grandi à Nanterre. Je me sens complètement française. » Dans quelques années, les papiers français lui seront certainement utiles car elle rêve d’une carrière au sein du pôle scientifique de la Gendarmerie nationale. « Si je n'entre pas à Sciences Po Paris, je suivrai une formation de biologie pour devenir une experte de la police scientifique. J’adore les faits divers, les enquêtes criminelles qui permettent d’arrêter des auteurs de viol… »

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