En direct

Retour

Mémoire

Se souvenir des heures sombres

Par Guillaume Gesret

NI466-p6-actu-lead-17-octobre-credit-Roger-Fusciardi.jpg

L’année 2021 marque les soixante ans du massacre du 17 octobre 1961. Un collectif d’associations et la ville de Nanterre commémorent cette date anniversaire – pour que la France n’oublie pas.

Soixante ans plus tard, la date du 17 octobre 1961 hante encore nombre de Nanterriens. Ahmed Djamaï, président de l’association Cité 2000, nous parle de la douleur toujours vive dans les familles. « Mes frères m’ont raconté ce qu’ils ont vu, et ma mère a gardé une cicatrice à la main à cause d’une balle perdue. » Ce jour-là, à l’appel de la fédération de France du FLN (Front de libération nationale), des milliers d’Algériens de la région parisienne participent à une manifestation pour protester dans les rues de la capitale contre le couvre-feu nouvellement appliqué aux seuls Maghrébins. Des dizaines d’hommes et de femmes venus des bidonvilles de Nanterre tentent de rejoindre Paris. « Les policiers les attendaient sur le pont de Neuilly, ils ont tiré dans le tas », raconte Monique Hervo, militante anticolonialiste, témoin de la scène à l’époque. La répression de la police française est meurtrière, les historiens estiment qu’environ 200 manifestants ont été exécutés dans la nuit, certains jetés dans la Seine.

Un combat pour la reconnaissance
À Nanterre, un collectif se mobilise depuis plus de vingt ans pour réaliser un travail de mémoire. « J’ai envie que les jeunes sachent ce qu’il s’est passé. Les anciens ne sont plus là pour raconter ou refusent de le faire. J’aimerais aussi que l’État français reconnaisse ce massacre et présente ses excuses », martèle Ahmed Djamaï. Aujourd’hui encore, il manque en effet la pleine reconnaissance de ce crime d’État par la République. De son côté, la municipalité de Nanterre – l’une des plus actives sur le sujet – participe au combat de reconnaissance depuis de nombreuses années. En 2003, Jacqueline Fraysse, alors maire de Nanterre, déposait une plaque commémorative devant la préfecture et, en 2011, Patrick Jarry inaugurait le boulevard du 17-Octobre-1961. Cette année encore, le maire, le représentant du consulat d’Algérie et les représentants associatifs se recueilleront à cette date, à 17h. Le collectif présente aussi une exposition des dessins de Lofti Fardeheb, dans le hall de l’hôtel de ville, et organise un tournoi de foot, le samedi 23 octobre, au stade Vincent-Pascucci, avec la participation des clubs du Red Star, ainsi que le Racing 92. Contre l’oubli, on se recueille, on accomplit des gestes symboliques, et on peut aussi danser. Mehdi Slimani a ainsi imaginé Les Disparus, un ballet pour huit danseurs. Associant danse, slam et vidéo, sa création s’applique à faire revivre la vie de ces oubliés de l’histoire de France. À voir le 8 octobre, à 20h30, à la Maison de la musique.

affiche Une rue Josette-et-Maurice-Audin au Chemin-de-L’île
Le 17 octobre prochain, à 11h, une rue rendant hommage au couple d’intellectuels anticolonialistes sera inaugurée en présence du maire, Patrick Jarry, et des élus. Maurice Audin était un mathématicien, militant de l’indépendance algérienne et membre du Parti communiste algérien. Enlevé par l’armée française le 11 juin 1957 puis torturé, son corps ne sera jamais retrouvé. Son épouse, Josette Audin, s’est battue toute sa vie pour que soit levé le mystère autour de cette disparition et pour que la France assume ses responsabilités dans cette affaire.



Lire l’interview du sociologue Olivier Peyroux