En direct

Retour

ABOLITION DE L’ESCLAVAGE

Se souvenir, comprendre pour mieux vivre ensemble

Par Guillaume Gesret

7-NI443-p7-actu-credit-DR.jpg

Les vendredi 10 et samedi 11 mai, le Collectif des associations du devoir de mémoire célèbre l’abolition de l’esclavage à la maison du Chemin-de-l’Île. Ce temps du souvenir est aussi un moment d’information, de réflexion et de partage.

« L’histoire est écrite par les vainqueurs, a pour habitude de dire Célestin Mbida, le président du Collectif des associations du devoir de mémoire. La commémoration de l’abolition de l’esclavage est une occasion formidable de vulgariser les informations, de compléter les connaissances du grand public qui restent partielles sur le sujet. » Louis XIV est le Roi-Soleil mais aussi celui qui a promulgué le Code noir par lequel l’esclavage était toléré sur des îles et en Louisiane. Napoléon Bonaparte a remporté la bataille d’Austerlitz mais c’est lui qui a rétabli l’esclavage après sa suppression pendant la Révolution française. Cette année, le collectif nanterrien propose une conférence sur la résistance des esclaves pour faire apparaître cette facette de l’histoire au grand jour. « Il y a eu des poches de résistance en Afrique, c’est important de le rappeler quand des historiens préfèrent souligner la complicité de certains chefs africains avec les négriers. » Les recherches historiques existent, tout doit être dit.

« Cette commémoration n’est surtout pas communautaire »

La commémoration doit sa date à la loi Taubira du 10 mai 2001, qui reconnaît la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Cette loi incite aussi l’Éducation nationale à faire davantage figure ce pan de l’histoire dans les livres des collégiens et des lycéens. « À Nanterre, beaucoup de jeunes issus d’Afrique et des Antilles le réclament, révèle Célestin Mbida. Si les programmes oublient de mentionner ces périodes sombres, une rancœur à l’encontre de la France peut s’exprimer chez les jeunes générations. » Or, l’objectif de la célébration est justement à l’opposé. L’enjeu du devoir de mémoire est de rendre possible le vivre-ensemble : « Cette commémoration n’est surtout pas communautaire, insiste le président du collectif, elle n’intéresse pas seulement les enfants des esclaves noirs. Dans notre ville, il y a un beau mélange des populations, les journées du 10 et du 11 mai seront réussies si elles rassemblent tout le monde. » En se souvenant collectivement, les organisateurs de la commémoration entendent enfin apporter un autre regard sur notre société contemporaine, établir des parallèles. L’abolition de l’esclavage repose sur l’idée du respect de la dignité humaine. Mais qu’en est-il des migrants qui vivent sous le périphérique de la porte de la Chapelle ? Même si la situation n’est plus la même qu’à l’époque du commerce triangulaire, Célestin Mbida constate néan-moins que « les pays occidentaux continuent de piller les richesses de l’Afrique et ferment leurs portes aux Africains qui viennent en Europe pour échapper à la misère. Il est encore question de dignité ».

affiche Célestin Mdiba
Le devoir de mémoire sur la question de l’esclavage fait écho aux autres commémorations dans la ville. La municipalité et de nombreux acteurs locaux se mobilisent pour ne pas oublier les heures sombres de l’histoire de France et pour rappeler que des résistants se sont soulevés au cours des siècles. Nanterre est une ville qui résiste, encore aujourd’hui, face aux diktats. Je suis d’origine camerounaise et je m’intéresse aux Africains qui ont résisté face à la traite négrière, mais aussi aux résistants qui ont lutté contre les nazis, aux mouvements ouvriers et étudiants qui ont bousculé l’ordre établi à Nanterre et au niveau national.



Deux jours de commémoration

Vendredi 10 mai, à 18h, à la maison du Chemin-de-l’Île (57, boulevard du Général-Leclerc) : la commémoration officielle se déroule en présence du maire, Patrick Jarry, des élus, des associations et du fondateur du groupe Kassav, Pierre-Edouard Décimus.

Au programme : lectures de poèmes, chants, allocutions et dépôts de gerbes.

Samedi 11 mai, de 14h à 22h30, à la maison du Chemin-de-l’Île : conférence et exposition sur le thème de la résistance de l’esclave de l’Afrique vers le Nouveau Monde. Le collectif associatif (Les Cœurs joyeux de l’Outre-mer, Africaraïb, Flech’can, Tropi’kolor, La Voix des princes, Terre natale) organise ensuite des représentations de danses traditionnelles et actuelles, des démonstrations de capoeira, des défilés de mode et un grand bal Kréyol. Restauration sur place.