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Culture

Mehdi Charef :
« Notre baraque au bidonville est devenue le coin polar de la médiathèque »

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Rue des Pâquerettes, le premier tome de ses mémoires d’enfance, a remporté en juin 2020 le prix littéraire du Palais de la Porte Dorée. À l’occasion d’un film réalisé par le site du musée de l’Immigration à Paris, l’auteur et réalisateur Mehdi Charef a choisi la médiathèque du Petit-Nanterre pour raconter son rapport à l’écriture et ses souvenirs de Nanterre.

« Je voulais écrire pour nos pères silencieux, pour nos mères au foyer. Pour les immigrés, dont on parlait mal dans les médias. Au collège, j’avais des copains qui disaient « ah oui, vous êtes venus pour les allocations familiales », je voulais écrire contre ça…» Lundi 24 août, dans le coin polar de la médiathèque du Petit-Nanterre, situé exactement là où il habitait autrefois, dans une baraque du bidonville, Mehdi Charef est intarissable. Il égrène ses souvenirs d’enfance, ses frustrations de gamin immigré, son rapport compliqué avec l’écrit : « Écrire n’est pas dans nos mœurs, quand j’ai commencé à écrire, je ne me sentais pas bien, c’était pour moi une transgression. D’ailleurs Bernard Pivot m’a vexé à l’époque quand il m’a demandé « Pourquoi écrivez-vous ? » Ça m’a mis les larmes aux yeux comme si nous les immigrés, on ne savait pas écrire… »

Premier écrivain d‘origine algérienne à écrire un roman en France (Le thé au harem d’Archi Ahmed), Mehdi Charef est arrivé à dix ans à Nanterre ; c’était en 1962. Aujourd’hui, il revient « sans mélancolie » dans cette médiathèque qu’il voit comme « un arbre qui porte plein de fruits ». Pour conclure le film réalisé pour le musée de l’Immigration, il choisit d’ailleurs de dialoguer avec Florence Adrot, responsable de la médiathèque du Petit-Nanterre, Nejma Belhadj, de l’association Nahda92 et Mamadou Diallo, de l’association Zy’va : « C’est important de faire le lien avec ce qui se passe à Nanterre aujourd’hui, de mettre en avant les associations qui travaillent ici, et toutes les évolutions du quartier. Moi, quand j’étais petit, il n’y avait pas Zy’va, ni Christelle [l’agent de développement local du quartier]. Heureusement, j’ai eu des instituteurs très bienveillants ! D’ailleurs ici, tout a changé mais l’école est restée au même endroit. »

Le film sera diffusé sur le site du musée de l’Immigration à l’occasion d’une carte blanche à l’artiste, le 26 septembre prochain (horaire à confirmer)*. Le deuxième tome des mémoires d’enfance de Mehdi Charef, Vivants, vient de sortir aux éditions Hors d’atteinte.

*Plus d‘infos à venir : https://www.histoire-immigration.fr/agenda Le prix littéraire de la Porte Dorée récompense un roman ou un récit écrit en français traitant du thème de l’exil, il est organisé par la médiathèque Abdelmalek-Sayad du musée. Mehdi Charef avec Rue des Pâquerettes est le 11è lauréat.

À noter : Mehdi Charef sera présent le jeudi 24 septembre à la nouvelle librairie El Ghorba mon amour, pour une rencontre avec les lecteurs et un dialogue avec Tassadit Imache, auteur de l’essai Fini d’écrire. À 19h au 148-152 boulevard des Provinces-françaises