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Service public

Pompes funèbres, le danger au quotidien

Elles sont cinq entreprises à Nanterre à gérer un dramatique sursaut de la mortalité. Nous avons recueilli leurs témoignages.

« Quand je rentre chez moi, j’ai tellement peur de contaminer ma famille que je me déshabille dehors avant d’aller directement sous la douche.
Et je lave absolument tous mes vêtements, tous les jours. »
Comme tous les employés des pompes funèbres depuis le début de la crise sanitaire, Lotfi Benabid, gérant de l’entreprise El Imded se dit « inquiet, épuisé, sur les rotules ». Même sentiment du côté d’une employée d’une autre structure funéraire nanterrienne, qui a souhaité garder l’anonymat : « On a plusieurs années d’expérience mais on n’a jamais vu ça. Beaucoup de collègues sont contaminés, on côtoie des gens contaminés tous les jours, on a même peur de rentrer chez nous, surtout quand on vit avec des personnes à risques. Mais que faire ? » Dans ces deux entreprises, les protections, masques et gants sont arrivés tardivement. « Rien n’a été anticipé, pourtant on voyait arriver le problème, on voyait comment ça se passait en Italie, c’était prévisible ! » Lotfi s’insurge aussi : « La préfecture nous a donné 50 masques, c’est tout ! Il a fallu qu’on se débrouille tout seuls. Heureusement les habitants et les entreprises, surtout du bâtiment, nous ont donné beaucoup de protections. » L’organisation des obsèques est devenue très compliquée : « En ce moment, on gère une dizaine de décès par jour, on est sollicités 24h/24, explique Lotfi. Les familles ne sont plus autorisées à voir leurs défunts s’il y a suspicion de Covid. Certains hôpitaux exigent même des mises en bière immédiates, quelle que soit l’heure du jour et de la nuit. C’est le plus difficile : présenter un cercueil fermé à un fils et lui dire, voilà, c’est ton père, sans qu’il puisse le voir pour un dernier adieu. » Cette surmortalité exceptionnelle provoque de nombreux problèmes logistiques. Lotfi poursuit : « Il y a énormément de défunts en attente. Dans certaines villes, il faut parfois attendre quinze jours avant de pouvoir organiser une inhumation. » Notre témoin anonyme ajoute : « En ce moment, les crémations ont lieu de 7h30 à 23h. Malgré cela, les délais d’attente sont très longs, deux semaines environ. Les familles, qui sont déjà bouleversées, ne comprennent pas. C’est très douloureux. » En outre, selon les dernières consignes édictées par le Gouvernement, seulement 20 personnes maximum sont autorisées à assister à la cérémonie au cimetière. Certaines familles filment l’enterrement pour le montrer aux proches qui n’ont pas pu venir, confie Lotfi. On n’oubliera pas. »

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