Nanterre info - 449 : Décembre 2019

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Petite bio

24 avril 1992 :

naissance à Clichy-la-Garenne

2010-2013 :

prépa littéraire au lycée Joliot-Curie

Été 2014 :

stage à France Inter

Janvier 2015 :

bourse d’étude Kery James Depuis

Février 2019 :

animatrice de l’émission « Ça va parler ! » sur Radio Agora

Retour En avant

PORTRAIT

Amina Kalache
Journaliste et libre

Cette jeune journaliste emprunte les contre-allées médiatiques pour mieux tordre le cou aux clichés qui pèsent sur ce qu’elle est : banlieusarde et musulmane.

À 27 ans, Amina Kalache a déjà tourné le dos à plusieurs rédactions qui l’avaient accueillie en stage ou en tant que pigiste. Elle explique qu’elle n’y a pas trouvé la liberté d’exprimer son regard sur le monde. « Les rédacteurs en chef me disaient que mes propositions de sujet étaient trop dans le social, trop dans l’humain. » Diplômée de l’Institut européen de journalisme, elle ne tombe pas non plus dans la critique des médias à bras raccourcis. « C’est facile de critiquer les chaînes d’info, mais j’ai constaté de l’intérieur qu’il était très difficile de faire du bon journalisme, en raison de la rapidité du traitement et des angles imposés par la hiérarchie… » À ce titre, elle voue une grande admiration à Mouloud Achour, qui impose sa culture sur Canal +, et à Élisabeth Quin, qui privilégie l’intelligence à l’info spectacle sur Arte.

À l’écoute des parcours et des réussites

Depuis février dernier, Amina Kalache est revenue au cœur de la définition qu’elle se fait du métier de journaliste. Elle interroge des personnalités sur Radio Agora, la web radio nanterrienne, et prend le temps d’approfondir la discussion pour aller au-delà des clichés. Dans son émission, « Ça va parler ! », elle a reçu la boxeuse Estelle Mossely, le cuisinier Merouan Bounekraf, révélé dans « Top Chef », le journaliste de France Inter Redwane Telha… « Je fais enfin ce que j’aime. J’invite des hommes et des femmes issues de la banlieue qui racontent leur parcours et leur réussite. » À l’antenne, Amina Kalache tient aussi à montrer une autre image de la religion musulmane. « Dans les rédactions parisiennes, j’ai entendu beaucoup de remarques qui m’ont choquée. Ma mère porte le voile, cela ne l’empêche pas d’être coquette et de m’avoir donné accès à une liberté totale. C’est elle qui m’a dit d’être ambitieuse à l’école, qui m’a encouragée à intégrer une école de journalisme à Passy. Je peux vous dire que les mentalités et le rapport au monde ne sont pas les mêmes dans le 16e arrondissement et dans le quartier du Petit-Nanterre, où je vis
depuis seize ans. »

Double culture

Quand la jeune journaliste ne prépare pas ses deux émisions mensuelles à la radio, elle travaille à l’écriture de documentaires. « Je suis en train de réfléchir à un long métrage sur ma double culture franco-algérienne. Cet été, j’ai tourné la séquence d’ouverture du fi lm lors des matchs de l’Algérie à la Coupe d’Afrique des Nations. Ces images de jeunes Français avec le drapeau algérien introduisent bien la problématique. » Amina Kalache a également accepté de passer de l’autre côté de la caméra, à la demande du réalisateur nanterrien Jamel Zaouche. Ce dernier a dressé d’elle un portrait intimiste dans le documentaire Nanterre dans les artères, qui a été projeté le mois dernier au cinéma Les Lumières.

Amina est arrivée au Petit-Nanterre à son entrée au collège, après avoir passé sa prime enfance dans la ville cousine, Gennevilliers. Bonne élève, toujours déléguée de classe, elle a relancé le journal du lycée Joliot-Curie, The daily Curie, avant d’obtenir son bac L avec mention bien. Sur les conseils insistants de ses professeurs, elle intègre logiquement la prépa littéraire de Joliot-Curie, qu’elle a cubée. « Ces trois années ont été passionnantes. Les profs et les camarades ne venaient pas de Nanterre, ils étaient un peu comme dans le film Un indien dans la ville. J’avais à cœur de leur donner une bonne image de Nanterre. J’étais fière de leur montrer le théâtre des Amandiers, le centre-ville mignon… »

Toujours connectée à Nanterre

Pendant ses études de journalisme à Paris, elle reste connectée à Nanterre en interviewant des artistes programmés à la Maison Daniel-Féry (Tété, Corneille, Grand Corps Malade) pour le blog nanterrien 109.2. C’est là qu’elle rencontre le rappeur Kery James qui lui offre une bourse de 2 000 euros pour l’encourager à poursuivre ses études. « Je suis toujours en contact avec Kery, il m’invite aux premières de tous ses projets. » Aujourd’hui, elle vit encore chez sa mère au Petit-Nanterre, avec son dernier petit frère qui fait du violoncelle. Dès qu’elle a suffisamment d’argent de côté, elle prend son sac à dos et part seule visiter durant plusieurs semaines la Thaïlande, l’Indonésie, l’Algérie, la Malaisie, la Turquie… « Je me lance des défis. Je me souviens d’avoir croisé un jour la journaliste Florence Aubenas qui m’avait dit : “Fais-toi violence Amina.” » Visiblement, Amina a retenu le conseil. Elle trace sa route en toute liberté, sans se soucier du lendemain et en refusant d’entrer dans le moule. « Je sais que je suis une bosseuse, une passionnée et j’ai toujours des idées de sujet en tête. » Les principaux ingrédients d’une bonne journaliste en somme !

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