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Crise sanitaire

Désarroi sur le campus

Par Guillaume Gesret

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Dans la résidence universitaire du Crous à Nanterre, les étudiants affichent leur mécontentement. Face aux 700 résidents qui vivent actuellement sur le campus, les équipes du Crous tentent de répondre aux attentes exprimées.

« Je vis dans une chambre de 9 m2, je m’y lave, j’y travaille mes cours plusieurs heures par jour, j’y mange et à cause du couvre-feu à 18h, j’y fais du sport et je me couche. Je ne sors quasiment pas de cette unique pièce et je vois peu de monde car le foyer, les équipements sportifs et le restaurant universitaire du campus sont fermés. Pas étonnant que certains pètent les plombs », nous raconte un étudiant que l’on prénommera David.

Une vie de reclus

Lors du premier confinement au printemps, le jeune boursier avait préféré rentrer chez ses parents en Bretagne. « Mais dans ma famille, je n’avais pas de coin tranquille pour travailler mon droit. Du coup, en novembre, quand le deuxième confinement a été décrété, j’ai décidé de rester à la résidence U pour me concentrer sur mes études. Mais j’y vis reclus, renfermé sur moi-même. » David assure néanmoins qu’il n’est pas le plus à plaindre. Certains de ses camarades n’ont plus rien pour vivre depuis qu’ils ont perdu leur job d’appoint. Certains ont leur famille à l’étranger, ils sont coincés en France et se retrouvent dépendants des distributions alimentaires du Crous et des associations de solidarité, telle qu’Agoraé (notre photo). « En plus, les bourses tardent à être versées. Moi, je l’ai reçue en décembre, soit quatre mois après la rentrée universitaire. » David dit sa colère et son incompréhension. « J’ai le sentiment qu’on prend les étudiants pour des attardés qui regardent Netflix toute la journée, qui glandent, trop contents de ne pas avoir cours. » La réalité de David est tout autre : il suit ses cours à distance et passe ses examens avec un accès wifi très instable à la résidence, ce qui l’oblique à utiliser la 4G de son propre téléphone pour travailler en ligne. L’étudiant en L3 déplore aussi le manque de dialogue entre les étudiants, les profs et l’administration. « Notre charge de travail est énorme, difficile à supporter. Et quand nous avons des questions au sujet des inscriptions en TD, des stages…, nous n’obtenons pas de réponses. » Une proposition est tout de même parvenue aux oreilles de David, celle d’aller voir un psychologue. « Mais moi je n’ai pas envie d’aller voir un psy, j’ai simplement envie de suivre des cours et de passer mes examens dans des bonnes conditions. »

La direction du Crous fait ce qu’elle peut

« Il faut reconnaître que la situation est difficile. Nos équipes sont sur le pont depuis mars dernier et tentent de répondre aux problèmes des étudiants. Aujourd’hui, les deux tiers des 1 130 chambres sont occupées. Tous les étudiants n’ont pas la possibilité de rentrer chez eux. Les équipes du Crous font ce qu’elles peuvent, les assistantes sociales répondent au téléphone et par mail pour orienter les étudiants en souffrance. Certains sont très isolés, je pense notamment aux étudiants étrangers qui sont loin de leur famille et de leur pays », nous confie le directeur du site du Crous. Depuis novembre, ses équipes distribuent aux boursiers des repas à emporter à 1 euro le midi et le soir. Le service social a débloqué 300 000 euros depuis le début de la crise sanitaire pour distiller des aides ponctuelles. Et environ 700 e-cartes d’une valeur de 50 euros ont également été données aux étudiants pour qu’ils effectuent leurs courses en supermarché. Enfin, le Crous est partenaire d’associations et du département qui assurent des distributions alimentaires hebdomadaires.