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ESPACE PUBLIC

Comme un Art dans la ville

Par Sophie Bocard

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Parce que l’espace public est par définition un bien commun, Nanterre s’attache à associer les artistes autant que les habitants à la fabrique de la ville.

Loin de la statuaire à la gloire des personnages historiques, l’art urbain et le design ont, depuis les années1980, multiplié les possibilités d’animer l’espace public, l’enrichissant de fantaisie, d’humour et de poésie. À l’instar de la sculpture Germination de Philippe Desloubières qui fleurit le terre-plein de la rue de Courbevoie, des mosaïques de Dominique et Françoise Druenne sur les pignons de la cité des Pâquerettes, du Serpent de Laurence Aillaud ou des vaches « croquées » par Juliette Leroux sur les Terrasses. Il existe une trentaine d’œuvres réparties à l’échelle de la ville. Certaines sont le fruit de commandes temporaires, destinées notamment à la vitrine de la place Nelson-Mandela ou au toit-terrasse de l’espace d’art. Celle de Robert Milin, qui serait prochainement installée au Petit-Nanterre, s’inscrirait dans la continuité de la résidence qu’il y a effectuée en 2014-2015. Mais les artistes confirmés ne sont pas les seuls à embellir la ville : les services municipaux proposent régulièrement des ateliers à destination des amateurs, comme au skate-park Hoche (Chemin-de-l’Île) ou au pied des tours Aillaud (Parc Sud) où quatre jeunes, encadrés par le club de prévention des 4 Chemins, ont réalisé une fresque murale sous la houlette des graffeurs nanterriens Delso et Shuck2.

Accompagner le changement
Il arrive aussi que la commande soit portée par un promoteur. C’est le cas du secteur actuellement en construction dans le quartier Université où Bouygues Immobilier et Paris La Défense financent une démarche artistique en deux temps. La première phase s’est concrétisée en 2016 par la réalisation d’une œuvre collective éphémère impliquant plus particulièrement les établissements scolaires du quartier et l’élaboration d’une peinture murale monumentale signée du Collectif 100 Pression. La seconde phase a débuté en février avec l’installation de L’Épingle (notre photo), une création du duo suisse Sabina Lang et Daniel Baumann. Elle se poursuivra avec l’intervention de Miquel Mont sur les parois des passages des Provinces-Françaises et Blaise-Pascal, et celle de Gilles Brusset dans le tunnel de l’allée de Corse. Les trois artistes ont été sélectionnés par un jury composé d’experts et de représentants des habitants du collectif d’animation du quartier Université. Les membres du comité de vie nouvellement créé à La Terrasse sont, pour leur part, associés au choix de l’artiste dont l’œuvre ornera la conque du parc des Anciennes-Mairies jusqu’en 2020. « Pour que l’œuvre ne soit pas une simple installation mais la traduction de la vie d’un quartier, il est important d’organiser cette rencontre », conclut Zahra Boudjemaï, adjointe au maire déléguée à la culture.
Photo : L’Épingle a été installée dans le quartier Université, le 22 février.

affiche Miquel Mont, artiste plasticien
Si l’on veut faire “œuvre” dans l’espace public, il faut nécessairement intégrer la dimension symbolique du site et se poser la question de la manière dont les gens vont recevoir la proposition. Pour le quartier Université, j’ai imaginé une peinture murale sur le thème des plantes sauvages, inspiré des réflexions du paysagiste Gilles Clément sur le Tiers paysage : comment des espèces que l’on ne retrouve pas dans les sites voués à l’activité humaine forment des îlots de diversité dans les friches urbaines. J’ai également proposé que cette œuvre multisites soit participative. Elle sera composée de dessins réalisés par celles et ceux qui prendront part au workshop [atelier collaboratif, ndlr]. Pour moi, l'art moderne doit s’adresser à tout le monde et impliquer autant qu’il questionne.



Trésors de banlieues

Nanterre participera cet automne à l’exposition Trésors de banlieues, qui se tiendra dans la halle des Grésillons à Gennevilliers. Cette exposition rassemblera pour la première fois en un même lieu des œuvres issues de collections acquises par les villes de banlieues depuis les années 1930. 41 collectivités ont d’ores et déjà répondu présent et proposé plus de 350 œuvres. Nanterre a prévu d’en prêter six. Pour soutenir la création artistique et rendre l’art contemporain accessible à tous, le service des arts plastiques de la ville mène, depuis 2009, une politique d’achat d’œuvres d’art du XXe et du XXIe siècle. La collection municipale en compte une quarantaine. Elle est le reflet de l’histoire sociale et politique de Nanterre mais aussi du regard que certains artistes portent sur la ville, comme en témoignent les trois photos qui seront exposées à Gennevilliers. Photo : Saïd, vannier, Le Grand Axe de Cyrille Weiner.