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« Oubliez toutes les idées reçues autour des maths ! »

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À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, le 11 février, rencontre avec Marie Théret, 38 ans, enseignante-chercheuse en mathématiques, professeure au laboratoire Modal’X à l’université Paris-Nanterre (*).

Propos recueillis par Catherine Portaluppi

Pourquoi avez-vous choisi les mathématiques ?

Marie Théret : J’ai toujours été très scientifique. En classes préparatoires, j’ai d’abord choisi la dominante physique. Mais j’étais beaucoup plus attirée par les mathématiques et leur côté indiscutable, ils font appel à des théories propres, carrées. C’est plus simple. En prépa physique, il y avait près d’un tiers d’étudiantes. Mais en prépa maths, les filles étaient ultra minoritaires ! En intégrant l’École normale supérieure, j’ai encore hésité. J’avais peur que les maths soient trop dures... Le nombre d’étudiantes était dramatiquement bas et, malheureusement, ça ne change pas. La disparition de l’ENS de jeunes filles en 1985 a eu un impact énorme sur la déféminisation de ces métiers. L’école en est tout à fait consciente mais il existe trop de biais dans notre société, difficiles à combattre en amont du concours d’entrée.

Comment expliquer que les filles hésitent toujours à embrasser des carrières de scientifiques ?

M. T. : L’image du savant fou, solitaire, génie des maths, nous fait beaucoup de mal. Elle ne fait pas rêver les filles ! De plus, à l’école, les filles sont plus valorisées pour leur travail et les garçons pour leurs capacités. Face au génie, le travail semble insuffisant. Et les filles s’estiment rarement géniales... Elles ne sont en général pas encouragées par la société à suivre des études compétitives. Elles manquent de confiance en elles. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir un environnement familial qui soutenait mes choix, ma sœur aînée était ingénieure et j’ai eu des professeures de maths en classes préparatoires tout à fait remarquables. Enfin, les femmes qui sont déjà moins nombreuses à se lancer dans des carrières scientifiques voient leurs carrières avancer beaucoup moins vite que celles des hommes. Elles sont plus souvent maîtresses de conférences, beaucoup moins professeures des universités. Il y a au moins deux raisons à cela. D’abord, la pression qui leur incombe de réussir à concilier vie privée et vie professionnelle. En mathématiques, les carrières se font très jeunes, entre 30 et 45 ans, si l’on veut obtenir un poste permanent. Elles se sentent obligées de choisir entre booster leur carrière ou faire des enfants. Là encore, j’ai de la chance avec deux petites filles et un conjoint qui prend sa part dans la répartition des tâches. Ensuite, le manque de mobilité des conjoints. Les femmes sont souvent prêtes à bouger au gré des promotions de leur mari, mais les époux de mes collègues mathématiciennes sont rarement mobiles.

Quels conseils pouvez-vous donner aux filles qui hésitent à se lancer dans des études scientifiques ?

M. T. : Oubliez toutes les idées reçues autour des maths ! On ne travaille pas seul dans son coin, mais en équipe, on a des étudiants et beaucoup d’interactions sociales. Ce métier est très stimulant, équilibré, on a beaucoup de liberté et de responsabilités. Je conseille vraiment aux filles qui en ont envie d’oser se lancer dans les sciences. Arrêtez de douter et faites de votre mieux. Ayez confiance, vous pourrez vous épanouir et trouver votre place.

(*) Son thème de recherche : la percolation, domaine de la mécanique statistique étudiant les modèles de propagation à différentes échelles.