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RENCONTRE

« Ne vous bridez pas, …

Par Catherine Portaluppi

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…n’hésitez pas. Les garçons n’hésitent pas, eux ! » Devenir ingénieurE : on n’en rêve pas forcément quand on est une fille. Pour lutter contre l’autocensure et ouvrir les esprits, deux femmes ingénieures sont venues expliquer leur métier au collège des Chènevreux, devant un public 100 % filles.

Elles ont une quarantaine d’années, toutes deux ingénieures, l’une chez Total, l’autre chez Enedis, passionnées par leur métier, membres de l’association Elles bougent. Elles interviennent souvent dans les lycées afin de partager leur passion pour les sciences et les techniques aux jeunes filles – et faire bouger les lignes.

Seulement 28 % des ingénieurs sont des femmes
Ce 4 février, au collège des Chènevreux, Gulshan Shahmaliyeva et Maud Cumont ont rendez-vous avec 44 élèves de 3e, des filles uniquement, toutes volontaires. Elles interviennent dans le cadre de l’initiative First (Femmes et ingénieures, réussir en sciences et technologies) lancée par le ministère de l’Éducation nationale car, aujourd’hui encore, seulement 28 % des ingénieurs sont des femmes. L’ambiance est studieuse mais le jeu des questions-réponses est riche et percutant. Votre travail d’ingénieur est-il complexe ? « Oui, comme tout travail, explique Gulshan, ingénieure chimie. Couper les cheveux est complexe. J’ai essayé pendant le confinement sur mon fils, je n’y suis pas arrivée ! » Vous avez un bon salaire ? « Oui, un très très bon salaire, mais ce n’était pas mon moteur au début. Je voulais surtout faire un métier qui me plaise, j’ai choisi la chimie parce que j’adorais ça au lycée. » Et l’on enchaîne : êtes-vous payée pareil qu’un homme ? Faut-il faire des études longues pour devenir ingénieure ? Est-ce que vous parlez plusieurs langues ?

S’exprimer face à ces élèves filles : un acte militant
Pour Gulshan : « Il faut convaincre les filles de se lancer dans les carrières scientifiques et techniques si l’on veut qu’un jour les équipes dirigeantes dans ces entreprises soient paritaires. » Maud ponctue son parcours d’ingénieure spécialiste en électricité de considérations plus personnelles sur la façon de faire évoluer sa carrière. « Il faut oser poser sa candidature à un poste ! On dit souvent que les femmes postulent quand elles ont 80 % des compétences demandées et les hommes seulement 50 %. Ne vous bridez pas, n’hésitez pas, car les garçons n’hésitent pas, eux ! » Mariée et mère d’un garçon de 10 ans, Maud n’hésite pas à rappeler que la moitié des mariages se termine par un divorce et qu’avoir un bon salaire permet d’être indépendante et de mener sa vie comme on l’entend. Cela fait écho chez les élèves. Léa (1) se rêve en monteuse vidéo : « Mais je n’ai jamais entendu ce métier au féminin. La société est misogyne. » Sarah (1), elle, sera ingénieure informaticienne, c’est sûr : « J’irai à l’école polytechnique, rien ne m’empêchera de le faire ! » Toutes sont conquises. « Ça nous donne confiance en nous en tant que fille, ça nous permet de nous dire qu’on peut avoir de l’ambition, qu’on ne doit pas s’autocensurer. »

Se projeter dans des métiers que l’on n’imaginait pas
« Ces rencontres constituent une vraie ouverture, confirme Valérie Rucosa, principale du collège qui accueille cet évènement pour la troisième année consécutive, sur proposition d’une mère d’élève. Elles permettent aux élèves de sortir d’un monde limité à celui qu’elles connaissent dans leur milieu familial et social. La simplicité, la franchise des intervenantes favorisent un rapprochement avec les élèves qui peuvent s’identifier et se projeter dans des métiers et des vies qu’elles n’imaginaient pas. Cela permet surtout de leur montrer les multiples possibilités, la richesse des domaines et des activités offertes. Au cours de ces rencontres, les intervenantes parviennent à communiquer l’intérêt qu’elles trouvent à exercer leur métier, le plaisir intellectuel qu’elles en tirent et l’épanouissement vécu dans leur vie professionnelle, absolument compatible avec une vie personnelle et familiale. » Des rencontres essentielles selon la principale car, en 2021 encore, l’autocensure des filles existe : « Elles prétendent que ces domaines ne les attirent pas car ils ne seraient pas assez humains, trop impersonnels. Elles disent qu’elles ne se voient pas dans ces métiers même quand elles ont de vraies compétences dans ces domaines car elles veulent être avec des gens et pas avec des machines. Il est donc important de combattre les idées reçues. »

(1) Les prénoms des élèves ont été modifiés